PARTIE 1/3
Il existe différentes écoles de pensée concernant la « bonne manière » de pratiquer le Zhan Zhuang. De mon point de vue, il est impossible de juger si une pratique est correcte ou non sans avoir d’abord clarifié son objectif et sa fonction. Selon ce que l’on recherche, un même exercice peut prendre des formes et des fonctions très différentes. Dans le cas du Zhan Zhuang, le simple fait de maintenir une posture apparemment similaire ne devrait pas faire croire à quelqu’un qu’il comprend ce qu’un autre pratiquant cherche réellement à explorer.
Je joins ici la première partie d’une traduction consacrée aux trois phases de pratique décrites par le Maître Wang Xuan Jie — j’espère qu’elle sera appréciée.
Les trois phases du Zhan Zhuang selon le Maître Wang Xuan Jie
« Les arts martiaux traditionnels chinois ne consistent pas à développer l’endurance ou les muscles, comme on le pense souvent. Faute d’une méthode correcte, de nombreux pratiquants, en vieillissant, non seulement perdent la capacité d’interagir efficacement avec un partenaire, mais se sentent eux-mêmes de plus en plus limités dans leur pratique. Dans le Dachengquan, il n’existe pas de distinctions telles que la force apparente, cachée ou transformée : il faut simplement “obtenir la force” (dé jin). Que ce soit dans le Zhan Zhuang, le Shi Li, la marche ou le travail à deux, il faut toujours atteindre un état de confort, de naturel et de justesse. Cela demande de traverser trois étapes de pratique. »

La pratique des arts martiaux traditionnels chinois ne repose pas sur des qualités communes telles que l’endurance physique ou la force musculaire. Beaucoup de maîtres, ne connaissant pas la méthode correcte d’entraînement, finissent par éprouver de l’inconfort dans leur pratique à un âge avancé — sans parler de la difficulté à vaincre un adversaire. La pratique du Dachengquan exige l’acquisition de justes sensations ; il n’existe pas de distinction entre Ming, An et Hua Jin. Dans le Zhan Zhuang, le Shi Li, le Zou Bu ou le Da Shou, il faut pratiquer dans un état de confort et de naturel — il faut se sentir à l’aise. [Voir notes 1-5] Pour atteindre cet état, il faut traverser trois étapes d’entraînement.
1- 假疲劳状态 :
Au début de la pratique du Zhàn Zhuāng, on ressent des douleurs musculaires et une grande monotonie. [Voir note 6] Beaucoup abandonnent car il est difficile de persévérer, ou bien ils pratiquent de manière irrégulière. Si ton objectif est simplement de cultiver la santé du corps, il suffit de rester debout dans une posture détendue : fais une pause quand tu es fatigué, abaisse ou relâche les bras en gardant seulement la position des jambes, et évite tout effort excessif.
Mais si tu veux suivre la voie martiale et obtenir la véritable force interne, tu dois apprendre à maintenir la position plus longtemps à chaque séance et à affiner ta perception. (La véritable force diffère de la force grossière des gens ordinaires : un bon artiste martial peut secouer une personne bien plus lourde que lui, mais s’il doit pousser une brouette chargée, il ne sera peut-être pas aussi efficace qu’un paysan habitué à le faire.) Ainsi, à mesure que ta compréhension du Zhàn Zhuāng s’approfondit, les muscles se relâchent progressivement, la douleur disparaît rapidement et une agréable sensation se répand dans tout le corps, te faisant entrer peu à peu dans la deuxième phase d’entraînement.
NOTES :
1 – 明 (Ming), 暗 (An) et 化劲 (Hua Jin) : trois méthodes d’entraînement traditionnelles décrites dans le livre Quan Yi Shu Zhen 拳意述真 de Sun Lu Tang.
2 – 站桩 (Zhàn Zhuāng) : postures du « poteau dressé ».
3 – 试力 (Shì Lì) : exercices servant à vérifier et à développer l’usage correct de la force.
4 – 走步 (Zǒu Bù) : ensemble de pratiques fondées sur différents modes de marche.
5 – 搭手 (Dā Shǒu) : exercices en binôme ou formes codifiées de combat.
6 – Le terme employé pour décrire la sensation musculaire est 酸麻 (Suān Má) : 酸 (Suān) : douleur ou engourdissement « acide », typique de la production d’acide lactique ; 麻 (Má) : picotement ou fourmillement.
Article et traduction par Mauro A. D'Angelo


