PARTIE 3/3
Dernière partie de la traduction des trois phases du Zhàn Zhuāng selon Wang Xuan Jie
3 - 自身厚实:
À ce stade, que ce soit dans la posture du Zhàn Zhuāng ou dans les mouvements du quotidien, le pratiquant ressent la lourdeur et la plénitude de ses membres, une sensation de densité circulaire, ainsi qu’une impression de pouvoir briser toute résistance. Il perçoit aussi clairement la circulation du Qì et du sang à l’intérieur de son corps, et ressent un fort élan au combat. Lorsqu’il entre en contact avec un partenaire, celui-ci sent immédiatement la cohésion et la solidité de tout son corps (c’est ce que beaucoup décrivent en disant qu’une personne possédant une base solide en Zhàn Zhuāng est « comme un char d’assaut impossible à déplacer »). Mais un problème majeur se présente alors : les autres ne peuvent plus le bouger, mais lui-même a du mal à libérer sa force et à projeter son partenaire ; même lorsqu’il l’emporte, c’est souvent grâce à la force brute ou au poids du corps. Face à un autre pratiquant ayant également développé une grande stabilité, il se produit ce que l’on appelle dans le milieu du Zhàn Zhuāng : Hé Léi Zi ou Dǐng Niú – deux forces opposées qui se bloquent mutuellement. C’est pourquoi il faut entamer l’étape suivante de la pratique : le travail du Shi Li (qui inclut le Mó Cā Bù et le Dān Cāo Shǒu), afin d’apprendre, à travers des mouvements corporels extrêmement lents, à maîtriser et transformer les différentes expressions de la force, ainsi qu’à comprendre les variations de plein et de vide dans chaque point d’émission de l’énergie.
PHASE 3 – PLÉNITUDE
Dans cette phase, que ce soit dans la pratique du Zhàn Zhuāng ou dans les gestes du quotidien, le pratiquant perçoit la densité, la lourdeur de son corps et la force interne multidirectionnelle. (Voir note 7) Il ressent la capacité d’abattre tout obstacle et la libre circulation du Qì et du sang à travers tout son être. (Voir note 8)

Il surgira également un fort désir de combattre. À ce stade, lors de la pratique en binôme, l’autre personne percevra clairement la puissance de tout ton corps et ta plénitude. (Beaucoup disent que lorsqu’une personne a développé une solide maîtrise du Zhan Zhuang, elle devient, à l’entraînement, semblable à un char d’assaut impossible à déplacer.)
Mais à ce moment apparaîtra aussi un problème important : lorsque les autres entreront en contact avec tes mains, ils ne pourront pas te bouger, mais tu auras toi-même la sensation de ne pas pouvoir libérer ta force ni projeter ton partenaire. Pour vaincre, tu ne pourras alors compter que sur une force maladroite et sur le poids de ton corps.
Lorsque l’on se confronte à une autre personne ayant également développé une bonne maîtrise du Zhan Zhuang, on dit souvent dans notre milieu qu’il se produit un phénomène de Hé Léi Zi ou de Dǐng Niú. (Voir note 9) À ce moment-là, il faut commencer à travailler sur le domaine de pratique suivant : le Shi Li (incluant le Mó Cā Bù et le Dān Cāo Shǒu). (Voir note 10) Dans ce cadre, il s’agit d’apprendre, à travers des mouvements extrêmement lents du corps, à maîtriser et transformer différents types de forces. De plus, durant l’action, il faut transformer le plein et le vide en fonction des différents points d’émission de la force.
NOTES :
7 – 浑圆 (Hún Yuán) : l’une des compétences fondamentales du Dachengquan et des styles de Wu Shu généralement classés comme internes.
8 – 气 (Qì) : ce terme prend plusieurs significations selon le contexte ; il est souvent traduit par « énergie », mais peut également désigner le souffle ou la respiration.
9 – 合雷子 (Hé Léi Zi) et 顶牛 (Dǐng Niú) : deux métaphores décrivant des forces opposées qui ne parviennent pas à se dominer mutuellement. Hé Léi Zi évoque deux coupes qui s’entrechoquent lors d’un toast, tandis que Dǐng Niú fait référence à l’affrontement des cornes des animaux ou, plus simplement, à un choc frontal.
10 – 摩擦步 (Mó Cā Bù) : technique des « pas glissés ». 单操手 (Dān Cāo Shǒu) : exercices à une main pratiqués en binôme.
Article et traduction par Mauro A. D'Angelo


